À bord du Transsibérien : d’Oulan-Bator à Beijing

Oulan-Bator — Beijing (34 heures, 1 nuit).

Urnaa et Soyol nous envoient la main depuis le quai. Le couple, que nous quittons à regret, nous a accompagnés à la gare. Le train quitte la gare d’Oulan-Bator, le «héros rouge», à 7 h 30.

À bord, l’émerveillement ne s’estompe pas. Découvrir notre capsule des prochaines heures et s’y enraciner pour un temps est un bonheur cent fois renouvelé. L’espace, qui s’anime de l’activité de chacun, devient notre chaumière réconfortante pendant que nous voyons défiler le monde par la fenêtre.

Le train traverse la steppe et le désert de Gobi, que nous retrouvons pour un dernier adieu. La queue du train apparaît et disparaît, serpentant dans les décors qui nous sont familiers. De petits troupeaux épars de chèvres et de moutons et, parfois, une yourte crachant une fine colonne de fumée, ponctuent le décor. Quelques éoliennes surplombent l’horizon par endroits, se dressant fières devant l’avenir. Les tchou-tchou occasionnels de la locomotive se superposent au tchac-tchac rythmé des rails.

Une vérité (de la Palice) me frappe en plein visage peu après une fructueuse leçon d’anglais. J’aime vraiment ça, moi, voyager! Et c’est l’une des activités dans lesquelles j’excelle.

Après une succession de collations et un épisode de sandwiches très attendu, la démocratie habituelle et les consultations citoyennes empreintes de parentalité positive laissent place à l’autocratie parentale : TOUS les occupants du compartiment DOIVENT faire la sieste. Tous sont debout depuis tôt ce matin et la nuit prochaine sera interrompue pour le passage des douanes. Les stores sont fermés, les paupières aussi.

Par la fenêtre, la steppe cède la place à la prairie semi-aride du désert. La végétation passe au jaune. À cheval sur la Mongolie et la Chine, le Gobi, qui occupe une zone plus vaste encore que l’Europe de l’ouest, nous suivra bien au-delà de la frontière, dans la province chinoise de la Mongolie intérieure.

Le passage de la frontière

Peu avant 19 h, nous arrivons à Zamyn-Üüd, poste frontalier mongol apparemment dépourvu d’intérêt, sinon pour se délier les jambes, où nous restons échoués pendant près de deux heures. Il est maintenant temps de remballer tous les bagages pour la suite.

Nous atteignons Èrlián (ou Erenhot) vers 21 h. C’est la partie que nous redoutons le plus avec les enfants. Les troupes sont fatiguées et trouvent le temps long. Nous devons quitter le compartiment avec tous nos bagages, mais du haut de ses 3 ans, Margot ne l’entend pas ainsi. Elle tient tête à ses parents, aux gardiens et douaniers qui arpentent le wagon et à la provodnitsa qui commence à suer à grosses gouttes, ne sachant plus comment nous signaler qu’on doit sortir. Papa s’impatiente un peu, et après une fausse manoeuvre pour la faire descendre de la banquette, lui déboîte le coude. La pauvre se met à hurler de douleur. Garder son calme, garder son calme. Nous faisons sortir les garçons sur le quai avec leur sac à dos pour gérer la situation délicate. Allons-nous devoir expliquer notre mésaventure en chinois pour trouver une clinique en plein coeur de la nuit dans cette ville du bout du monde… pour finalement manquer le train? Aux grands maux les grands remèdes : je joue les rebouteuses et lui remboîte l’articulation d’un petit coup sec, mais précis. La même malchance était arrivée à notre grand Julien au même âge, mais en d’autres circonstances. À l’hôpital, le médecin m’avait expliqué que c’était très fréquent, en me montrant quoi faire comment y remédier. Aussitôt rafistolée, Margot oublie presque cette pénible épeuve (plus vite que les parents!). Nous sortons donc du wagon, en louant le docteur prévoyant de l’hôpital Ste-Justine et le pouvoir de l’adrénaline.

Aux douanes, l’attente en file est longue, et les vérifications lourdes : sécurité, empreintes, photos, passeports, visas, etc. On nous dirige ensuite dans une salle d’attente, où s’entassent tous les voyageurs. Nos enfants ne sont pas de ceux qui s’endorment en tout lieu – loin de là. Avec la fatigue, ils deviennent extrêmement agités. Je tente de les occuper au mieux, pendant que Nicolas galère pour recharger le vieux iPhone dans les toilettes et peine à obtenir une connexion internet pour trouver l’emplacement de notre auberge à Beijing.

On peut accéder à une petite zone à l’extérieur. «You should watch your kid, you know!» Une Anglaise au regard médusé se fait un devoir de réprimander Nicolas qui n’avait pas vu Margot qui, ayant gardé ses bonnes habitudes de Mongolie, a baissé son pantalon et s’est accroupie pour faire pipi sur l’asphalte. La pisse ruisselle; le père vocifère.

Retour au compartiment vers 1 h. Enfin! Nous replaçons tout pour la nuit, mais décidons de ne pas sortir le petit matelas gonflable de Margot. Elle partagera la couchette de Nicolas (bonne chance, papa!). Les enfants s’endorment rapidement, malgré le kling-klang qui dure une bonne heure avant le départ du train. Les systèmes ferroviaires mongol et chinois comportant des écartements de la voie différents, les wagons doivent être modifiés. Vers 2 h, le train s’ébranle finalement pour filer dans ce qui reste de la nuit.

La fin d’un chapitre

J’émerge la première. Je sors dans le corridor pour admirer les paysages époustouflants du haut plateau traversé par le chemin de fer. Des paysans cultivent leurs jardins en terrasses près d’habitations simples et entourées de murets. Les collines, de plus en plus hautes, sont ponctuées de ravins cultivés. Près des villes, d’innombrables tours d’habitations à perte de vue s’élèvent dans la brume du matin. Nous sommes manifestement passés dans un autre monde.

À l’approche de Beijing, le bout de la ligne, s’engouffrent dans le wagon les effluves parfumés de la fin d’une belle aventure. Nous assistons au décompte des bornes kilométriques qui témoigne de la proximité du terminus. 3, 2, 1, 0 nous voilà arrivés à Beijing, et à la fin d’un chapitre. L’autre commence à l’instant. Heureux qui, comme les Pas Perdus autour du monde, ont fait un beau voyage.

 

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